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08
JUIN
2018

Article L’USINE NOUVELLE : « Entre Dijon et Besançon, les industriels de la santé innovent dans les objets connectés »

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L’USINE SANTÉ

DE NOTRE CORRESPONDANT, ANTONIN TABARD  ,  ,  , 

 

ENQUÊTE En Bourgogne-Franche-Comté, fédérés autour de pôles, les industriels de la santé et de l’électronique innovent et se structurent pour se placer sur le marché encore émergent des objets connectés.

 

Entre Dijon et Besançon, les industriels de la santé innovent dans les objets connectés

Le spécialiste des cartes électroniques BSE Electronic mise, en autres, sur les appareils de mesure de la pression cardiaque pour se développer.

Grâce à un oxymètre relié à une application mobile, l’outil Urgo feel analyse le rythme cardiaque et permet au patient de gérer son stress et ses performances. Depuis 2015, UrgoTech, la start-up interne du groupe Urgo, travaille sur les nouvelles solutions de santé connectée comme Urgo feel et Urgo mia, cette dernière étant pensée pour rééduquer le périnée à domicile grâce à une sonde périnéale et une application mobile. Une nouvelle activité pour le groupe (3 100 collaborateurs dans 22 pays, 662 millions d’euros de chiffre d’affaires), fondé en 1880 à Dijon (Côte-d’Or), qui s’est lancé dans l’e-santé pour « une amélioration du parcours de soins des patients ». À côté d’Urgo Consumer Healthcare, sa division grand public, la division Urgo Medical, destinée aux professionnels de santé (260 millions d’euros de chiffre d’affaires), a ainsi développé Eureka by Urgo, une application pour smartphone permettant d’optimiser la prise en charge et le suivi de l’évolution des plaies des patients.

C’est aussi sur ce créneau du suivi des patients que s’est développé CEN Connect. Quatrième filiale du groupe CEN, un centre d’évaluations cliniques qui emploie une vingtaine de salariés à Dijon (2,2 millions d’euros de chiffre d’affaires), CEN Connect développe depuis 2016 des applications sur smartphones comme Nurstrial. Conçue initialement pour les études cliniques, celle-ci est aujourd’hui utilisée pour le suivi des patients, notamment dans le cadre du traitement des plaies. « Les objets connectés de santé pourraient véritablement améliorer la capacité à diagnostiquer, assure François-André Allaert, médecin et président du groupe CEN.En trois ans, on est passé de personnes qui en parlaient comme d’un futur possible à des réalisations concrètes. » CEN Connect travaille actuellement sur iDiabète, un projet de carte d’identité du patient diabétique, qui serait reliée à un dossier sécurisé reprenant les informations principales – type de diabète, traitements, complications ou allergies.

Une filière qui s’organise

En Bourgogne-Franche-Comté, les 323 entreprises de la santé et leurs 10 000 salariés pèsent deux milliards d’euros et se répartissent entre la chimie fine, les services et innovations en sciences de la vie et les technologies médicales. Ces industriels se structurent autour du pôle des entreprises de santé BFCare à Dijon et du technopôle Temis à Besançon (Doubs). Parmi la cinquantaine d’adhérents de BFCare, outre les groupes CEN et Urgo, certains travaillent sur les objets connectés de santé. À Dijon, le groupe IDO-in (150 collaborateurs, 13,3 millions d’euros de chiffre d’affaires) édite et intègre des solutions et des systèmes d’information dédiés au secteur de la santé, sur l’ensemble du processus de prise en charge du parcours patient : logiciels et solutions de télésurveillance et de télémédecine, de dossier médical partagé.

Près de Besançon, le technopôle Temis regroupe, sur 250 hectares, 15 000 étudiants et 4 000 salariés issus de 130 établissements spécialisés dans les microtechniques et la santé. Le pôle des microtechniques (PMT) héberge deux clusters dont innov’Health, spécialisé dans les dispositifs médicaux, la biotech et l’e-santé. Labélisé french tech au sein du réseau thématique #HealthTech, innov’Health compte 33 adhérents. Une quinzaine d’entreprises de la région travaillent sur les objets connectés de santé.

Les autres secteurs intéressés

Les industriels de la santé entraînent dans leur sillage des entreprises venues d’autres secteurs. C’est le cas notamment de l’hébergeur IDS (11 salariés, 2,7 millions d’euros de chiffre d’affaires), à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), qui se penche depuis 2009 sur l’hébergement des données personnelles de santé. « Nous avons aujourd’hui quatre clients significatifs avec lesquels nous travaillons sur des données de santé collectées par le biais d’objets connectés », détaille François Kaag, le directeur général d’IDS. Qu’il s’agisse, dans le cas d’IDS, du matériel contrôlant l’apnée du sommeil, du spiromètre fabriqué par la société gardoise Mir France, ou de tensiomètres, glucomètres et autres traqueurs d’activités de la société californienne iHealth, les objets connectés de santé sont une nouvelle source de données sensibles pour les hébergeurs [lire ci-dessous].

Au Creusot (Saône-et-Loire), BSE Electronic (100 collaborateurs en France, 16 millions d’euros de chiffre d’affaires) conçoit et fabrique des cartes et des équipements électroniques. Les objets connectés de santé, comme les appareils de mesure de la pression cardiaque ou les dispositifs d’observance pour les soins à domicile, devraient lui apporter cette année un essor de plus de 10 %. « Nous bénéficions de la norme ISO 13485 pour les produits médicaux et sommes agrémentés par Apple pour développer et fabriquer des objets connectés qui répondent à la norme MFI (Made for iPhone) », précise la direction.

Les objets connectés de santé peinent à rencontrer leur public. Les industriels relèvent beaucoup de freins, comme le prix, l’usage, la fiabilité, et le questionnement autour du stockage et de l’utilisation des données de santé. « La conception des objets connectés de santé est en avance par rapport aux usages », ajoute Michel Suchaut, le directeur général de Vitaris, leader français de la téléassistance pour le maintien à domicile des personnes âgées ou atteinte d’un handicap, dont le siège est au Creusot. Trois domaines d’application semblent prendre de l’avance : le bien-être, la prévention et le suivi des soins, qui « intéresse énormément le système assurantiel, notamment pour le suivi des patients », estime Philippe Guerit, le président de BFCare. Reste à savoir si un objet connecté de santé peut être ou non reconnu comme un dispositif médical et à ce titre être pris en charge, au moins partiellement, par l’Assurance maladie. Une question non négligeable pour le développement de ces technologies et celui des entreprises qui parient sur elles.


Le RGPD, une bonne nouvelle

« Les données de santé font partie de ce qu’on appelle les données sensibles, dont le traitement est a priori interdit, que ce soit par la loi Informatique et libertés ou par le règlement européen sur la protection des données personnelles », expose François Kaag, le président de l’association française des hébergeurs agréés de données de santé. Depuis 2009, la loi Kouchner permettait aux industriels d’obtenir un agrément ministériel autorisant la manipulation de ces données. « Mais il fallait faire des déclarations auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) pour avoir le droit de les traiter », observe François-André Allaert, le président du groupe CEN. Or les délais de réponse de la Cnil variaient entre neuf mois et un an.

Avec le règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD), le contrôle se fera a posteriori, permettant aux industriels de gagner de précieux mois dans le développement des objets connectés de santé. Une mesure d’ »une portée beaucoup plus générale […], qui donne le cadre universel de la donnée personnelle », selon François Kaag. Et qui devrait, complète François-André Allaert, « rendre notre pays de nouveau concurrentiel par rapport à des pays comme les États-Unis, qui n’avaient pas de protection des données et pouvaient mettre en place des expérimentations sans attendre des autorisations ».