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Au Creusot, le retour en force de l’industrie

Mise à mal par la chute de Creusot-Loire qui signait la fin de l’épopée des Schneider, il y a quarante ans, la ville-usine de Saône-et-Loire n’a jamais lâché ses savoir-faire, s’est diversifiée et a pris le train de la réindustrialisation. Les carnets de commandes de ses entreprises sont aujourd’hui pleins.

PME & REGIONS – LES ECHOS

Le marteau-pilon, à l’entrée de la ville, est le symbole du Creusot. (Pierre Gleizes/REA)

Par Monique ClémensLucile Meunier

Du haut de ses 21 mètres, le marteau-pilon de l’ancienne forge, un temps le plus puissant du monde, trône toujours à l’entrée du Creusot et l’industrie locale a retrouvé de sa superbe. Après le dépôt de bilan de Creusot Loire, en 1984, qui marquait aussi la fin de l’épopée des Schneider, la page industrielle n’a jamais été tournée dans la ville-usine de Saône-et-Loire où les entreprises ont maintenu les savoir-faire et fait le dos rond. Mais depuis quelques mois, les contrats pleuvent.

La relance nucléaire annoncée par Emmanuel Macron en 2022 à Belfort met l’usine Framatome en ébullition. Avec sa forge XXL héritée de la dynastie Schneider – famille lorraine arrivée en 1836 pour profiter du bassin houiller -, elle a recruté 100 salariés en 2023 et en intégrera autant en 2024. En six ans, son effectif est passé de 250 à 500 personnes. « La charge a doublé en cinq ans et augmente de 10 % par an », confirme Laurent Gless, le directeur du site creusotin. Au programme : les cuves de réacteurs des six futurs EPR français et de celui de Sizewell, au Royaume-Uni, et les pièces de la chaudière du futur porte-avions nucléaire. « On forme, on intègre et tous nos jalons sont tenus. C’est du jamais vu dans le nucléaire », assure-t-il.

Renforts d’Outre-Mer

Quarante ans après la fin de Creusot Loire, l’industrie pèse 40 % de l’emploi et les usines locales recrutent techniciens et ingénieurs à tour de bras. Des bras que la Communauté urbaine Creusot-Montceau (CUCM), qui compte quelque 90.600 habitants, tente d’aller chercher jusqu’en Outre-mer, avec la signature, en juin, d’un partenariat expérimental avec l’UIMM et l’association des communes et collectivités d’Outre-mer pour attirer de jeunes ultramarins . La collectivité va aussi devoir relever les défis du logement, de la mobilité…

Le renouveau de l’industrie au Creusot, c’est tout sauf un miracle.

David Marti Maire PS du Creusot

A Montceau-les-Mines, dans cette même communauté urbaine, le site de l’ex-centrale à charbon Lucy, dont l’activité a stoppé en 2014, s’apprête à revivre. Frédéric Faroche, président de GazelEnergie, est venu annoncer en juin la fin de son démantèlement, qui aura coûté 15 millions, et un investissement de 11,5 millions dans un parc photovoltaïque . « Ici on vise deux futurs : la production d’énergie verte et, sur ce site labellisé « clés en mains France 2030 », une terre d’accueil pour les industriels », promet-il.

Un concentré inédit

Au début de l’année, le joaillier MCGP avait annoncé son arrivée sur la zone Coriolis voisine de la gare TGV, dans une manufacture qui devrait employer 350 personnes d’ici à 2027. Quelques jours plus tôt, Jimmy avait dévoilé son projet d’usine de pièces de structures pour petits réacteurs nucléaires sur la même zone. Un investissement de 100 millions et la perspective de 300 emplois. « Il y a ici une culture industrielle forte, des compétences, et nous sommes à 1 h 15 en TGV de Paris et de Lyon , un autre fief du nucléaire », détaille Antoine Guyot, cofondateur de la start-up.

Le site industriel du Creusot, en pleine ville – que les Schneider avaient créée autour des usines -, est un concentré inédit d’acteurs mondiaux du nucléaire, du ferroviaire, de l’acier, de la machine tournante et de l’ aéronautique . Une diversification qui fait sa force, estime David Marti, maire PS de la ville depuis 2016 et président de la CUCM. Le laminoir d’Industeel jouxte la forge de Framatome et lui fournit ses aciers spéciaux en circuit court. Héritière des Schneider et filiale d’ ArcelorMittal , l’aciérie emploie 700 salariés et a lancé, en 2023, un investissement de 52 millions dans un nouveau process de « coulée verticale ».

Il y a là aussi Alstom, dont le site est spécialisé dans les bogies de trains, trams et métros (800 salariés) et Safran (300 salariés) qui, arrivé en 1987, avait sonné la réindustrialisation. Au Creusot, l’équipementier aéronautique s’apprête à injecter 18 millions pour faire passer sa production de disques de turbines pour moteurs d’avions de 4.000 à 6.000 par an. Et chez sa voisine Thermodyn , filiale de l’américain Baker Hughes spécialisée dans les compresseurs intégrés pour les marchés du pétrole et du gaz, plus de 10 millions seront investis dans un bâtiment d’essais fin 2024. « Il permettra de doubler nos capacités de test », précise Florent Boche, président de l’ ETI de 400 salariés.

« Les pièces du puzzle »

« Le renouveau de l’industrie au Creusot, c’est tout sauf un miracle », défend David Marti : « Depuis trente ans, mes prédécesseurs ont fait le choix de ne pas laisser tomber l’industrie et, avec la région, l’Etat, la banque des territoires et des partenaires privés, nous avons investi des millions d’euros sur les sites à fort potentiel, l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation et le soutien à certaines filières. Toutes les pièces du puzzle sont en train de s’assembler. »

Porté par la CUCM à hauteur de 16 millions, un technopole d’innovation baptisé Hub & Go ouvrira en octobre et trois start-up ont déjà été présélectionnées pour s’y installer. La collectivité avait aussi soutenu la création, en 2011, à Montceau-les-Mines, du Mecateam Cluster qui fédère 150 entreprises des travaux ferroviaires, met à leur disposition formations et équipements d’essais, et stimule l’innovation. « Des rames de ballastage automatisées, des systèmes anticollision ou de télémaintenance des engins », détaille Didier Stainmesse, président du cluster et patron de Novium.

Sa PME de 92 salariés, à Montceau, est à pied d’oeuvre pour concevoir les 40 machines commandées pour le chantier du Grand Paris Express , et son chiffre d’affaires devrait bondir de 13 millions d’euros en 2023 à 30 millions en 2025. Pour recruter, il s’est allié avec Michelin , qui emploie 1.200 salariés à Blanzy, à quelques kilomètres. Très engagé dans la réduction de l’empreinte environnementale de l’usine de pneumatiques, son dirigeant, Sascha Kettler, un Allemand arrivé de Pologne en 2021, est devenu l’un des plus fervents défenseurs de cette terre industrielle.

Monique Clemens (à Besançon), avec Lucile Meunier

BSE Electronic décolle dans la sécurité

Pour répondre à un contrat avec un « grand acteur » de la sécurité, la PME de Saône-et-Loire spécialisée dans les cartes et équipements électroniques s’apprête à investir et à recruter.

L’entreprise bourguignonne affiche un chiffre d’affaires de 16 millions d’euros avec 75 salariés. (BSE Electronic)

 

Par Monique Clémens

Depuis quelques mois, toutes les équipes de BSE Electronic sont en ordre de bataille. Marc Balussaud, le président de la PME du Creusot, ne peut pas nommer le donneur d’ordre du joli contrat qui justifie cette effervescence, mais évoque néanmoins « un grand acteur français de la sécurité et de la domotique ». En ce début d’été, après deux phases de validation, la production des cartes et équipements électroniques pour ce client mystère démarre.

Signé il y a un an, le contrat évalué entre 7 à 8 millions d’euros représente près de la moitié du chiffre d’affaires 2023, de 16 millions d’euros, de cette entreprise bourguignonne de 75 salariés. Il devrait mobiliser ses ateliers une bonne partie de l’année 2025. « Il y a eu environ neuf mois de mise en place d’une équipe industrielle dédiée, et notamment des testeurs, puisque le produit est destiné à des applications sans fil qui demandent un haut niveau d’exigence », précise le dirigeant.

« Beau challenge »

BSE Electronic compte 25 clients dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie, de la sécurité ou encore de la santé pour des objets connectés , essentiellement. Des montres, lasers industriels, dispositifs de traitement de l’eau, machines à café, machine de modelage pour soins esthétiques, systèmes de reconnaissance faciale ou encore équipements informatiques.

Pour concevoir et produire les 250.000 pièces attendues, BSE Electronic s’est réorganisée afin de disposer d’un îlot de test. La société devrait aussi recruter une vingtaine de techniciens supplémentaires d’ici à 2025 et se doter de nouveaux équipements. « Le client a fait le choix du made in France et c’est un très beau challenge industriel », estime Sandrine Lonak , directrice commerciale et marketing. « Et pour maintenir une fabrication française, il est nécessaire de s’équiper de machines de dernière génération, afin d’être optimum sur les prix et la qualité, et de former les équipes. »

BSE Electronic compte ainsi rapidement investir 300.000 euros dans des machines de découpe de circuits imprimés, de comptage de composants par rayons X, de fabrication d’antennes radio, qui s’ajouteront à ses équipements de dernière génération : des lignes CMS (composant monté en surface) pour prototypes, moyenne et grande séries, des robots de montage et de collage, des machines d’inspection optique ou de sérigraphie…